20 avr. 2014

Quoi faire / Pablo Katchadjian



titre : Quoi faire
auteur : Pablo Katchadjian 

roman traduit de l'espagnol (Argentine) 
par Mikaël Gómez Guthart et Aurelio Diaz Ronda 


104 pages / 13 x 18 cm / dos carré collé 
couverture à rabats (collage : Valeria Pasina - conception graphique : t2bis
isbn : 978-2-912528-19-3 / éditions le grand os / collection Poc ! 

L'ouvrage en langue originale a été publié par l'éditeur argentin Bajo la luna en 2010 sous le titre Qué hacer.

parution :  5 mai 2014 

12 € (+ 1 € de frais de port) 


4e de couverture

Une question insoluble posée par un étudiant géant d’une université anglaise déclenche une série d’options invraisemblables qui se présentent aux deux protagonistes, Alberto et le narrateur, comme autant de sentiers qui se télescopent plutôt qu’ils ne bifurquent. Le pari de Pablo Katchadjian est osé autant que rusé, puisque on y trouvera tous les ingrédients laissant supposer qu’on est en train de lire un roman. Et, effectivement, c’est un roman, dans lequel les éléments constitutifs du genre sont tous au service de la langue et d’un ordre narratif singulier : l’intrigue, non linéaire, est une suite jubilatoire de croisements, de cercles, d’ondes de fréquences variables ; les personnages – élèves, soldats, simples d’esprit, buveurs… – se transforment en systèmes aberrants ; les décors – universités, tranchées, tavernes, bateaux, banques… – se substituent les uns aux autres sans toutefois ébranler la structure. Si les contenus sont irrationnels, dit le narrateur lors d’un énième retour à la scène de départ, le système des contenus, lui, est la seule chose rationnelle et nous devrions compter là-dessus. Peut-on compter sur l’avertissement pour décrypter la logique de ces rêves imbriqués ? Serait-ce au contraire un rapport mystérieux ? Une hypothèse erronée ? Un terrain miné ? Un double ? Une simple blague ? Et pour rejoindre cette île où il y a tout, faut-il plonger ou rester sur un pont qui est aussi un bateau ? Que décider ? Que faire ? Si le narrateur n’en sait rien, Alberto, lui, saura sûrement quoi faire 

« Si le livre regorge de talent, si par moments il frise le génie, s’il produit un effet de lecture grâce auquel bonne partie de la littérature argentine contemporaine cesse sur-le-champ d’être intéressante pour paraître compassée, conventionnelle et pratiquement inutile, c’est parce que Quoi faire ne verse pas dans le non sens, au contraire : c’est le grand roman contemporain de l’expansion, du foisonnement, de la mutation du sens. (…) Le chef-d’œuvre de Katchadjian. Un chef-d’œuvre tout court. » 
Damián Tabarovsky  
L'auteur 

Pablo Katchadjian, écrivain, poète et éditeur, est né en 1977 à Buenos Aires où il réside. Il a publié dans plusieurs maisons d’édition argentines des livres de poésie et de fiction, parmi lesquels El cam del alch (IAP, 2005), El Martín Fierro ordenado alfabeticamente (IAP, 2007), El Aleph engordado (IAP, 2009), Gracias (Blatt & Ríos, 2011), La cadena del desánimo (Blatt & Ríos, 2012) et La libertad total (Bajo la luna, 2013). Quoi faire (Qué hacer, Bajo la luna, 2010) est son premier ouvrage traduit en français.

29 mars 2014

Quoi faire de P. Katchadjian / premières lignes en v.f.


Quoi faire par Valeria Pasina

" Alberto et moi donnons un cours dans une salle de classe d’une université anglaise lorsqu’un étudiant nous apostrophe sur un ton agressif : Lorsque les philosophes parlent, ce qu’ils disent est-il vrai, ou bien s’agit-il d’un double ? N’ayant pas compris la question, nous nous regardons, Alberto et moi, un peu nerveux. Alberto réagit le premier : il s’avance et lui répond qu’il est impossible de le savoir. L’étudiant, mécontent de la réponse, se lève : il mesure deux mètres et demi. Puis il s’approche d’Alberto, l’attrape par le col et commence à l’ingurgiter. Les étudiants et moi, quoique parfaitement conscients du danger, nous nous mettons à rire, tandis qu’à demi plongé dans la bouche de l’étudiant, Alberto, riant lui aussi, dit : Ça va, ça va. Après ça, nous nous retrouvons dans un square. Un vieux est en train de donner à manger à une dizaine de pigeons. Alberto s’approche de lui, mais un pressentiment me pousse à l’en dissuader ; toutefois, pour une raison ou pour une autre, je ne peux rien faire. Avant qu’Alberto ait pu l’atteindre, le vieux se transforme, d’une certaine manière, en pigeon et tente de s’envoler, sans succès. Alberto lui place des attelles sur les ailes et lui annonce qu’il sera vite guéri, son problème étant tout à fait banal. Le vieux a l’air content. Nous nous retrouvons ensuite dans les toilettes d’une discothèque. Pour une raison que j’ignore, nous sommes dans les toilettes des femmes. Entrent alors cinq très belles filles apprêtées, tout en sueur tellement elles ont dansé. L’une d’elles semble particulièrement ivre ou droguée. Alberto, mal intentionné, se rue sur elle. D’après ce que je vois, elle se laisse faire, bien qu’on ait du mal à comprendre ce que veut Alberto, puisqu’il se contente de se trémousser contre elle comme si son corps le démangeait ; elle, de son côté, fait la même chose, ce qui donne l’impression qu’ils se grattent mutuellement. Les quatre autres filles s’approchent de moi et tous les cinq nous nous mettons soudain à faire quelque chose d’incompréhensible. C’est comme si la scène était censurée. Je remarque alors que les filles sont vieilles, tout en entendant Alberto parler de Léon Bloy à la plus éméchée. Il lui explique que celui-ci voulait être un saint et qu'il souffrait de ne pas y arriver. Il lui décrit la scène où Véronique s’arrache toutes les dents, et bien qu’Alberto ne fasse aucun mouvement il donne l’impression de vouloir arracher les dents de la fille. Je l’attrape par la capuche de son blouson et le traîne hors des toilettes. On dirait qu’Alberto est en chiffon, il est tout léger. (…) "

Extrait de Quoi faire de Pablo Katchadjian  
Traduit de l'espagnol (Argentine) par Mikaël Gómez Guthart et Aurelio Diaz Ronda 

À paraître en avril 2014 aux éditions Le grand os dans la nouvelle collection poc ! (fictions nocturnes & proses hypnagogiques)

Lire l'extrait en version originale.

23 mars 2014

Qué hacer / revue de presse argentine


Quoi faire par Noémie Merono

À quelques semaines de la parution de Quoi faire, traduction française de Qué hacer, roman de l'Argentin Pablo Katchadjian, voici des extraits de chroniques consacrées au livre par quelques critiques littéraires argentins, au premier rang desquels l'écrivain Damián Tabarovsky, que les lecteurs français connaissent. Nous les donnons traduits en français. On pourra lire les articles complets en espagnol en cliquant sur les liens.

Qué hacer de Pablo Katchadjian. Buenos Aires : Editorial Bajo la Luna, 2010.
 

"Si le livre regorge de talent, si par moments il frise le génie, s’il produit un effet de lecture grâce auquel bonne partie de la littérature argentine contemporaine cesse sur-le-champ d’être intéressante pour paraître compassée, conventionnelle et pratiquement inutile, c’est parce que Qué hacer ne verse pas dans le non sens, au contraire : c’est le grand roman contemporain de l’expansion, du foisonnement, de la mutation du sens. Les deux personnages principaux sautent d’une scène à l’autre grâce à une série de coupures imprévisibles, revenant sans cesse sur les mêmes lieux, selon la dialectique de la différence et de la répétition, de l’autre et du même, comme une façon, non pas d’abolir, mais à l’inverse de pousser à l’extrême la question du sens."
Damián Tabarovsky, in « La novela del sentido » Perfil.com, 10 octobre 2010
http://www.perfil.com/contenidos/2010/10/10/noticia_0007.html

"Premièrement, les procédés littéraires principaux de
Qué hacer sont l’association, la variation et la condensation : bateaux qui en même temps sont des universités, momies qui se transforment en vieux chiffons, etc. Deuxièmement, la structure des chapitres n’obéit pas au déroulement de l’intrigue, mais imite directement le fonctionnement onirique : outre les répétitions et les déplacements, les personnages raisonnent comme dans les rêves, ils ont des certitudes inexplicables face à la situation à laquelle ils sont confrontés, ils changent de lieu à chaque instant et vont même jusqu’à subir des moments de censure. Troisièmement, le récit va à toute vitesse, comme s'il était urgent de rendre compte du moindre détail du rêve avant qu’il ne sombre dans l’oubli, en ignorant, comme il se doit, la logique causale de l'état de veille. Quatrièmement, la combinaison formelle reproduit efficacement deux figures obligées du surréalisme : le mystère et l’humour."
Damián Selci, in Los Inrocks libros, 13 décembre 2010
http://inrockslibros.wordpress.com/2010/12/13/pablo-katchadjian-que-hacer/ 
  
"Pablo Katchadjian est l’un des auteurs les plus intéressants de la littérature argentine contemporaine. On peut même dire qu’il est un des jeunes auteurs les plus intéressants, mais c’est sans importance. Ce n’est pas tant la jeunesse qui caractérise l’écriture de Katchadjian que sa nouveauté, en ceci qu’elle parvient avec aisance à déployer un air d’inédit si tant est que la littérature puisse se renouveler. Qué hacer est son chef d’oeuvre. Et même un chef d’oeuvre tout court. On conviendra parfaitement que cette affirmation puisse paraître hâtive ; l’auteur, étant donné son jeune âge et ses prédispositions, continuera certainement d’écrire et ses futurs romans atteindront probablement le niveau de Qué hacer. Un texte ne se hisse pas au rang de chef d’œuvre par simple comparaison : le chef d’œuvre est un absolu, et Qué hacer ne déroge pas à la règle (il s’agit, dans son cas, d’un chef d’œuvre contemporain puisqu’il questionne l’idée même de chef d’œuvre)." 
Damián Tabarovsky in Perfil.com, 04 février 2012
http://www.perfil.com/ediciones/columnistas/-20122-648-0022.html


D'autres notes de lecture :


L'illustration en tête de cet article est l'œuvre de Noémie Merono, qui nous livre ici sa lecture toute personnelle du roman (cliquez sur l'image pour l'agrandir). Le grand os aura l'occasion de revenir sur cette artiste toulousaine que nous apprécions beaucoup. En attendant, nous recommandons vivement la visite de son blog : http://noemiemerono.blogspot.fr/

16 mars 2014

Quoi faire / extrait en v.o.


Pour les lecteurs hispanophones, voici le début, en version originale, de Qué hacer, le roman de l'Argentin Pablo Katchadjian que Le grand os publiera le mois prochain dans une traduction française concoctée par Mikaël Goméz Guthart et Aurelio Diaz Ronda sous le titre Quoi faire. Avec l'aimable autorisation des éditions Bajo La Luna.
Que les lecteurs francophones imperméables à la langue de Borges et de Cortázar veuillent bien patienter quelques jours : nous mettrons en ligne très prochainement le même extrait en version française (À lire en cliquant sur ce lien).

" Estamos Alberto y yo enseñando en un aula de una universidad inglesa cuando un alumno, con tono agresivo, nos pregunta: cuando los filósofos hablan, ¿lo que dicen es cierto o se trata de un doble? Alberto y yo nos miramos, un poco nerviosos por no haber entendido la pregunta. Alberto reacciona primero: se adelanta y le responde que eso no se puede saber. El alumno, descontento con la respuesta, se pone de pie (mide dos metros y medio de altura), se acerca a Alberto, lo agarra y empieza a metérselo en la boca. Pero aunque esto parece peligroso, no sólo los alumnos y yo nos reímos sino que Alberto, con medio cuerpo adentro de la boca del alumno, se ríe y dice: está bien, está bien. Después Alberto y yo aparecemos en una plaza. Un viejo le está dando de comer a un grupo de unas diez palomas. Alberto se acerca al viejo y yo presiento algo y quiero detenerlo, pero por algún motivo no puedo. Antes de que Alberto llegue al viejo, el viejo, de alguna manera, pasa a ser una paloma y trata de volar, pero no puede. Alberto le entablilla las alas y le dice que se va a curar muy pronto, que su problema es muy normal. El viejo parece contento. Después aparecemos en un baño de una discoteca. Por algún motivo, estamos en el baño de mujeres. Entra un grupo de cinco chicas muy lindas y arregladas, transpiradas de tanto bailar. A una de ellas, que parece estar muy borracha o drogada, Alberto se le acerca con intenciones y se le tira encima; por lo que veo, ella le deja hacer lo que él quiere, aunque no se entiende qué quiere él, porque sólo se refriega contra ella como si le picara el cuerpo; ella responde del mismo modo, por lo que parece que se estuvieran rascando mutuamente. Las otras cuatro se acercan a mí y de repente estamos los cinco haciendo algo que no se entiende. Es como si la escena estuviese censurada. Entonces noto que las chicas son viejas, a la vez que oigo que Alberto le habla a la borracha sobre León Bloy. Le dice que quería ser santo y que sufría porque no podía. Le cuenta la escena en la que Verónica se arranca todos los dientes, y, aunque Alberto está quieto, parece como si quisiera arrancarle los dientes a la chica. Lo agarro de la capucha de su campera y lo arrastro afuera del baño. Alberto parece hecho de trapo, es muy liviano. (…) "
Extrait de Qué hacer de Pablo Katchadjian. Buenos Aires : Editorial Bajo la Luna, 2010. Colección buenos y breves.

14 mars 2014

Des nouvelles du Citron… (4)


Karine Marco

Périne Pichon met son grain de sel dans l'affaire du Citron métabolique. Sa libre critique du livre vert de Laurent Albarracin est parue dans les News du dimanche 9 mars sur le site Libr-critique-la-littérature-dans-toutes-ses-formes. Extrait et lien vers l'article à continuation : 
" Un mode sous-tension, entre le possible et l’inexistant, pour décrire un monde aux allures de promesse. On est suspendu au « presque », piqué par l’acidité de l’agrume. Et par les jeux de langage du poète qui dessine un univers sphérique, où les extrémités se touchent et le peu devient « [ ...] l’ombre / du beaucoup ». Partis du jeu des sons, les mots se rapprochent : « côtelé » et « cauteleux » ; « oscillation », « vieille scie du monde », et fournissent l’illusion d’une similitude tronquée. Les lettres sont toujours les mêmes, pourtant les noms changent. Ce processus familier devient étrange quand il part d’un zeste d’agrume. " P. Pichon
Lire l'article complet sur Libr-critique

Laurent Albarracin. Le Citron métabolique. Le Grand os, 2013. 
 

4 mars 2014

"Qué hacer" de Pablo Katchadjian


Le Grand Os est heureux d'inscrire pour la première fois à son catalogue un roman : "Quoi faire" de l'Argentin Pablo Katchadjian, traduit de l'espagnol par Mikaël Gómez Guthart et Aurelio Diaz Ronda, paraîtra bientôt dans une nouvelle collection consacrée à la fiction.

Initialement publié en langue originale par les éditions Bajo la luna (Buenos Aires, 2010) sous le titre Qué hacer, Quoi faire est bien entendu un roman d'un genre un peu particulier – on en donnera très bientôt un extrait pour en témoigner. 

L'initiative de sa traduction et de son édition en français revient à Mikaël Gómez Guthart, traducteur franco-espagnol résidant lui-même depuis quelques temps dans la capitale de la République argentine. 

En attendant la parution prochaine de ce petit livre à la fois fort raisonnable et fort dément – fort, tout court, en plus d'être drôle – nous donnons à lire ci-dessous, traduit en français, le texte de la quatrième de couverture de l'édition originale. 



Qué hacer de Pablo Katchadjian. Buenos Aires : Bajo la luna, 2010.
Face à la nécessité de prendre une décision imminente, Alberto et le narrateur sont placés devant une alternative : une question insoluble posée par un étudiant géant d'une université anglaise déclenche une série d'options s'ouvrant en éventail à la manière de sentiers qui bifurquent. Et de même s'ouvrent en éventail les chemins des deux protagonistes.
Le pari de Katchadjian dans Qué hacer est captieux. D'un certain côté, le lecteur trouvera tous les éléments qui pourraient le laisser supposer qu'il a un roman entre les mains. Et, effectivement, c'est un roman. Ici pourtant les éléments constitutifs du genre sont tous au service de la langue et d'un ordre narratif particulier : l'intrigue n'est pas linéaire, elle avance en proposant des croisements, des cercles, des fréquences de longueur d'onde variable qui, à l'image du courant alternatif, se rapprochent et s'éloignent de leur axe d'origine ; les personnages - élèves, soldats, simples d'esprit, buveurs - se transforment et mutent en systèmes aberrants ; les lieux - universités, tranchées, tavernes, bateaux, sources - se substituent les uns aux autres tout en continuant à soutenir la structure.
À l'occasion d'un des nombreux retours à la scène initiale, nous pourrions découvrir certains indices à propos de la logique de ce système : Si les contenus sont irrationnels puisqu'on ne sait pas d'où ils émergent, dit le narrateur, le système des contenus est la seule chose rationnelle qui existe et nous devrions compter là-dessus.
(Texte de la quatrième de couverture de l'édition argentine)
 
 
Pablo Katchadjian est né en 1977 à Buenos Aires, en Argentine, où il réside. Il a publié des livres de poésie et de fiction, parmi lesquels Gracias (Blatt & Ríos, 2011) et La libertad total (Bajo la luna, 2013). Quoi faire (Qué hacer) est son premier ouvrage traduit en français. 


 

Quoi faire de Pablo Katchadjian. 
Traduit de l'espagnol (Argentine) par Mikaël Gómez Guthart et Aurelio Diaz Ronda.
À paraître aux éditions Le grand os en avril 2014. 

Lire un extrait 
 

13 févr. 2014

Des nouvelles du Citron... (3)

dessin : Karine Marco
 

Un Citron pressé de dire
par Anne-Marie Beeckman

  

Peu de poésies me font passer aussi vite de l’exclamation, de la joie, à la nécessité exubérante de tracer des mots pour continuer l’explosion. À vrai dire, je bondis quelquefois sur le téléphone mais là, il y avait
ici la sonnerie
avertissant
de sa dissolution
en sonnerie
 
C’est une bouffée de bonheur qui me précipite sur des feuilles à la lecture du Citron métabolique de Laurent Albarracin. En effet, première page, première ligne :
il y aurait un ici
qui serait
un peut-être
arrivé
 
Nous y sommes ! Ici, maintenant, un citron se démène, se tortille, se trémousse. Le désir de l’auteur de réduire les choses à ce qu’elles sont se trouve aux prises avec l’exubérance incontrôlée des choses. Avec leurs accointances au monde. Monde qui est un, nous ne le répèterons jamais assez, dans ses ramifications infinies qui, toujours, se recourbent. Il semble que même les astronomes nous donnent raison, surtout les astronomes : le monde est une sphère avec des confins. Nous avons raison de le tenir dans nos mains. 

Dans la poésie de Laurent Albarracin, le citron est en lui-même le mythe du citron. Et ainsi pour toute chose devant ses yeux. Poésie mythique plus que mystique. Méditation forcenée, pourrait-on dire. Qui voit le citron laisser tomber son jus pour toute transcendance. Comme une pluie avec des gouttes en biais. Laurent Albarracin voit un ici droit dans son biais. Un ici si prégnant que ce pourrait être un ailleurs qui insiste.

Dans cette poésie, la théorie se surpasse, s’exacerbe :
un là-bas
comme passé
dans le sur-là-bas
de son ici
 
Volume après volume, Laurent écrit le vrai livre du ça. Riche célébration qui nous rend de plus en plus riche. Le citron est délicieusement citron. Il n’y a pas plus pressant, tout-à-coup, de goûter encore ce qui vous froisse la langue, cet aigu du sens qui vous la rend pointue. Si nous voyions comme cet auteur,
le beurre du beurre
emplirait nos lampes
 
Laurent Albarracin était déjà, tout petit, un éternel vieux sage. Que l’on croit un peu ailleurs, que l’on croit un peu ivre. Que l’on pourrait accuser de paresse parce qu’il ne fera pas le mouvement de déplacer un citron incongru. Il a raison : on peut tout arrimer au citron. On pourrait, tout aussi bien, arrimer à la tomate. Tirez la corde, vous aurez le collier infini de toutes choses au monde et vous l’aurez ici. 

Il faudrait un art tout à fait magique pour peindre les pupilles de Laurent Albarracin et ce qu’elles engrangent, leur acuité acquiescante Je dirais qu’elles font leur miel de tout si le miel n’était pas cette substance collante et désagréable un peu. Non, un vin adorable et vif frétille de leur tonneau en perce. D’ailleurs, suivrions-nous cette poésie en tout que tout serait d’un autre tonneau. 

Il y aurait
des télescopages
sous le manteau
 

Sous le manteau, en effet, se font les choses les plus excitantes. Sous le manteau de Laurent Albarracin, les choses font l’amour, ou bien s’adonnent à l’onanisme ! Se fructifiant d’elles-mêmes. Stade morula hypertrophique qu’est la mûre de toute vision mûrie.
 
Le sein serait
le plein panier
du sein
avec son téton
pour unique
cerise
 
Et moi, en prise avec tout cet advenu, ne mesure que maintenant qu’il y a le nuage du conditionnel dans tout le poème. Mais le nuage y serait
un instrument
de précision
 
Nuage, vieux comme le monde. Elle vient pourtant cette détresse : leur « civilisation » n'a-t-elle pas déjà attenté aux nuages ? Non, tant que les mots des poètes seront des idéogrammes, tant que l'oeuf et la poule seront concomitants, tant que ça viendrait
par l'hypothèse
que ça vienne
 
Bien sûr, nous voulons aussi avoir sur le bout de la langue ce qui n'est pas venu, et, au coeur, le poignard de ce qui ne viendra plus.
  
Anne-Marie Beeckman

Article paru dans le n°12 (janvier 2014) de L'Impromptu, une publication régulière de la Collection de l'Umbo.


Le Citron métabolique de Laurent Albarracin (Le Grand Os, 2013) 
 

27 janv. 2014

À propos de Traités et vanités (5)




Pour notre plus grand plaisir, le toujours curieux et amateur d'insolite, Romain Verger, a lu Traités et vanités (Le Grand Os, 2009) et livre aux lecteurs du site L'Anagnoste ses pertinentes impressions à propos de "l'écriture boustrophédon" d'Ana Tot. Extraits :
"(…) À l’orée de ses Chants de Maldoror, Lautréamont invitait son lecteur à se prémunir de la désorientation en faisant preuve d’une « logique rigoureuse » et d’une « tension d’esprit égale au moins à sa défiance ». Il convient sans doute à l’inverse d’entrer dans ce recueil en abandonnant toute certitude, en faisant abstraction des principes de base grâce auxquels le monde, le corps et les objets s’organisent à nos yeux et interagissent. (…) Heureux lecteur captif d’une architecture poétique où les réminiscences philosophiques (présocratiques, taoïstes, phénoménologiques, voire existentialistes), la physique et la mécanique des corps se nourrissent habilement pour ériger un système qui donne le tournis, ou le Tournevisme, pour reprendre ce concept déployé dans la première partie du recueil, défini comme « — le muscle de la mécanique émotive — l’art de révéler la structure en spirale du destin spirituel ». L’écriture d’Ana Tot met la raison à l’épreuve, fait vaciller nos certitudes et principes fondamentaux d’adhésion au monde.
En déployant aphorismes et maximes dans un recueil qui tient du traité et du manifeste, l’auteure jalonne le parcours de présupposés auxquels on aimerait croire et s’accrocher, pour se laisser conduire vers une autre réalité et un tout autre système de valeurs et de lois physiques et organiques, mais ce n’est jamais que provisoire, car tout se qui se construit se déconstruit presque aussitôt sous nos yeux, en quelques vers ou poèmes. L’unique principe qui court d’un bout à l’autre du recueil est celui de la non contradiction (…)" Romain Verger
Lire la chronique complète

Pour rappel, d'autres chroniques de Traités et vanités sont consultables en ligne : 

Fabrice Thumerel sur Libr-critique 
Éric Clémens sur Poézibao 
Laurent Albarracin dans Images de la poésie 

24 janv. 2014

Des nouvelles du Citron… (2)

K. Marco


Une note de lecture consacrée au livre de Laurent Albarracin, Le Citron métabolique, est en ligne sur Sitaudis.fr. Elle est signée François Huglo. Extrait :

" (...) on aura compris que ce fruit n’est pas celui d’un citronnier dans un patio ou dans un paysage, qu’il pousse dans un livre, sur cette « branche maîtresse » que serait « le possible », et que sa saveur est logique. L’opération qui libère ces arômes inséparables d’une certaine causticité peut être qualifiée de poétique ou d’humoristique, peu importe : dans les deux cas la logique est attaquée par la sensualité, non celle du citron mais celle des mots d’abord saisis par l’œil et par l’oreille. (...) "
Lire tout l'article

Une courte note à propos de l'ouvrage est également parue dans le numéro 33/34 de la revue papier Contre-allées. En voici quelques lignes :
" Petit format de livre à la couverture acidulée, dessins de Karine Marco pour évoquer le citron pressé de notre tête, notre agrume physiologique. (...) Les mots se mordent la queue dans l'ovoïde jaune pâle de notre lampe intérieure. (...) On se laisse porter par les répétitions qui tournent la tête et retournent la langue comme un gant jusqu'à nous faire habilement entrevoir et saisir un instant ce qui luit furtivement dans le noir. L'"ici" est le pépin qui innerve tout le texte (...) "

3 déc. 2013

Des nouvelles du Citron... (1)


photo : Karine Marco

Un premier retour, signé Joël Gayraud, sur Le Citron métabolique de Laurent Albarracin :
Écrit tout entier sur la tonalité de la possibilité rêvée, Le Citron métabolique exalte l'être-ici dans toute sa légèreté. Élégante et joyeuse façon d'en finir avec la pesanteur de l'être-là existentiel.
Philippe Annocque, quant à lui, donne un extrait du poème sur son blog Hublots

12 nov. 2013

Le Citron métabolique / Laurent Albarracin




titre : Le Citron métabolique
auteur : Laurent Albarracin 

Dessins de Karine Marco 

74 pages / 10,5 x 15 cm / intérieur papier bouffant / dos carré collé
isbn 978-2-912528-18-6 / éditions le grand os / collection Lgo 

parution : 15 novembre 2013

9 (+ 1 € frais de port)
 


extrait : 

citron
de contrition
joyeuse 


citron percé
obliquement
de son sens
obvie 


citron coupé
de telle façon
que sa face
fasse
pile 


que ses moitiés
tombées fassent
moteur 


que son tranché
le renverse 


que sa vision
le traverse 


ici
l’épi
de l’épée
qui l’épie 


ici
la fleur
du vase
de la fleur 


main
passée
dans la fleur
lors du bouquet
de l’offrande 


citron
par agglutination
du là autour
de l’ici


Le Citron métabolique est un poème qui interroge, comme dans la plupart des textes de Laurent Albarracin, la présence de l’objet. Il s’agit pourtant moins d’en cerner les contours dans une perspective pongienne, ou d’en avoir une approche phénoménologique, que de construire le lieu idéal et comme utopique de son apparition. Un certain esprit baroque et quelque chose qui serait du côté d’un fantastique métaphysique semblent animer cette écriture. À la fois ample et resserré (pressé comme un citron) le poème joue et se joue en effet sans cesse du caractère abstrait (au sens d’extrait) et en même temps très concret de la chose qui est ici le sujet du poème. À la fois édénique et localisée, défaite et recentrée (ou refaite et décentrée) par les images que ce citron suscite, la chose en question est soumise à rude épreuve et ce que les philosophes nomment son ipséité, ou plus simplement son caractère irréductible, semble voler en éclats qui sont autant de flèches qui le désignent et le percent de nouveau. Au terme de la lecture on a l’étrange sentiment que le « citron » s’est transformé, mais qu’il s’est transformé en lui-même. 


Revue de presse :

Attention, le citron n’est pas le support du poème (comme chez Francis Ponge), mais bien sa matière. Il est transformé plutôt que révélé. Toutefois, cette transformation s’inscrit dans un cycle : il donne la matière pour créer le texte, et le texte retourne au citron. 
Périne Pichon, Libr-Critique, 4 avril 2014. Article complet

Ici, maintenant, un citron se démène, se tortille, se trémousse. Le désir de l’auteur de réduire les choses à ce qu’elles sont se trouve aux prises avec l’exubérance incontrôlée des choses. Avec leurs accointances au monde.
Anne-Marie Beeckman, "Un Citron pressé de dire", in L'Impromptu n°12 (janvier 2014). Article complet

On ne sort pas du mot, pas de la chose non plus, au contraire. On n’en sort pas —définition de l’immanence ?— mais par mille détours, mille voyages. Citron métabolique, comme métamorphoses d’Alice. Loin de la dichotomie pongienne parti-pris des choses (muettes) / compte tenu des mots (la langue, la mère-patrie presse-tige du père-patriote), Albarracin tente l’aventure d’une entrée dans la chose par l’incision, par l’incidence du mot.
François Huglo, Sitaudis.fr, 24 janvier 2014. Lire l'article 

On se laisse porter par les répétitions qui tournent la tête et retournent la langue comme un gant jusqu'à nous faire habilement entrevoir et saisir un instant ce qui luit furtivement dans le noir. L'"ici" est le pépin qui innerve tout le texte. 
Note de lecture, in revue Contre-allées, n°33/34 (automne-hiver 2013) 

Écrit tout entier sur la tonalité de la possibilité rêvée, Le Citron métabolique exalte l'être-ici dans toute sa légèreté. Élégante et joyeuse façon d'en finir avec la pesanteur de l'être-là existentiel.
Joël Gayraud


Laurent Albarracin (1970) commence à publier ses poèmes vers la fin du siècle dernier, dans de petites structures éditoriales : ces premiers textes seront pour l’essentiel réunis dans Le Verre de l’eau (Le Corridor bleu, 2008). Parallèlement, il participe à l’aventure du Jardin ouvrier, la revue d’Ivar Ch’vavar (1995-2003). Il a publié plus récemment Le Secret secret (Flammarion, 2012), Résolutions (L’Oie de Cravan, 2012) ou encore Le Ruisseau, l'éclair (Rougerie, 2013). Il est également l’auteur de deux études sur Louis-François Delisse (2009) et Pierre Peuchmaurd (2011) aux éditions des Vanneaux. Il a obtenu le prix Georges-Perros en 2012. Il anime les éditions Le Cadran ligné et tient une chronique de poésie sur le site de Pierre Campion

De Laurent Albarracin, Le grand os a également publié, dans le numéro 5 de la revue LGO une série de poèmes inédits, intitulée Res Rerum


8 nov. 2013

Salon Vivons Livres ! 2013 / Toulouse



le grand os sera à Vivons livres ! salon du livre Midi-Pyrénées (espace éditeurs)
au Centre de congrès Pierre Baudis à Toulouse

samedi 23 novembre de 10 h à 20 h 
dimanche 24 novembre de 10 h à 19 h 
nous présenterons à cette occasion les livres récemment parus dans la collection Lgo : Le Citron métabolique de Laurent Albarracin (dessins de Karine Marco) et Tchoôl ! de Christophe Macquet, ainsi que les derniers livres d'artistes de Valeria Pasina
on pourra également rencontrer sur le stand l'éditeur et peintre Jean-Pierre Paraggio, cheville ouvrière de la Collection de l'umbo 

1 nov. 2013

Le Citron métabolique / premier zeste


dessin : Karine Marco

Premières strophes du Citron métabolique de Laurent Albarracin, en attendant la parution, imminente, du livre dans la collection Lgo. 

il y aurait un ici
qui serait
un peut-être
arrivé

ce serait un ici
de là
en là

pas du tout un pourquoi

plutôt un
plutôt

ce serait un ici
avec des incidences
ici

avec des pépins
comme des ballons

un ici
dans son jus

citron
par hasard
et dénomination

en tout cas
un toujours
de circonstance

ce ne serait pas 
l'ici de tout

juste l'ici
d'ici

celui
de nul autre ailleurs

citron quand bien même
nuage se fasse 

(...)

Laurent Albarracin 

26 oct. 2013

L'Autre Livre 2013 / Salon / Paris



Le grand os vous attend au salon international des éditeurs indépendants, L'Autre Livre, qui se tiendra à l'Espace des Blancs-Manteaux, dans le Marais à Paris, du vendredi 15 au dimanche 17 novembre 2013

On pourra rencontrer sur notre stand (C44-46) l'écrivain équatorien Huilo Ruales Hualca, auteur des Poèmes noirs et, à partir du samedi, le poète Laurent Albarracin, à l'occasion de la parution de son Citron métabolique aux éditions Le grand os. On pourra aussi découvrir sur notre table Le Cadran ligné, les éditions qu'anime ce dernier.


L'Autre Livre

Espace des Blancs-Manteaux

48 rue Vieille-du-Temple

75004 Paris 

(Métro Hôtel de Ville)

Entrée gratuite 



vendredi / 14h-21h

samedi / 11h-21h

dimanche / 11h-19h 

 


27 sept. 2013

À propos de Tchoôl ! (3)


© Christophe Macquet

Une longue et vigoureuse chronique de Romain Verger sur le site L'anagnoste à propos de Tchoôl ! de Christophe Macquet. Court extrait :

" (...) Tout au long de ce long poème, Macquet joue avec les codes du récit pour mieux le court-circuiter, lui évitant de se noyer dans "l'eau lénitive et concertée" du roman. Entre deux accroches narratives surgissent des saillies poétiques, de longues coulées torrentielles entraînant tout sur leur passage (visions, rencontres, dialogues...), dans une esthétique du "qui-vive", du "pêle-mêle", fait d'"assemblages" et de "découpes à l'emporte-pièce", une véritable "colique déclarative" prise en charge par un "causeur paratactique". On file à toute allure, on pose rarement ses valises, comme pour éviter à l'encre de sécher et aux mots de cailler. Seul un rêve ou un malaise d'Avine ralentissent le tempo avant que tout ne redémarre au quart de tour. Tchoôl! est un poème à perdre haleine."
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