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6 juil. 2016

À propos de "Ainsi fut fondée Carnaby Street" (4)




Eric Darsan a lu Ainsi fut fondée Carnaby Street et nous livre ses impressions dans une chronique puissante, collant au plus près, sur le fond comme sur la forme, au texte du jeune Leopoldo María Panero. Extraits :
"Cosmogonie. Psychanalyse des contes défaits. Instantanés. Polaroïd. Tables de la Loi et tabloïds. Fables déphasées. Mythologie enfantine. Enumération. Accumulations. Strates. Poétique des ruines. Pulp fiction. Comics. Strips. Bandes dessinées, découpées, flip-book dont le fil de la reliure serait rompu, les cartes mélangées. Miroirs en bris lancés à l'inconscient du lecteur. Qui retombent en pluie et fracas aux pieds de celui-ci, emportant avec eux un visage qu'il croit être le sien. Portrait d'une époque à laquelle il n'eut peut-être cru ni vrai ni même bon d'appartenir, et dans laquelle cependant il se reconnaît bel et bien. Et quand ce lecteur, surpris et inquiet, se baisse pour le récupérer, il lui renvoie par ricochet, en plein entre les deux yeux, les apparats d'un temps qu'il revêt malgré lui. (…) 
Prophéties. D'un Monde (révolu). De Mondes engloutis (depuis). Le Monde des adultes, consenti, résigné, évident, de l'esprit de sérieux. Monde mimé. Simagrées. Monde de « petits singes disséqués ». Capsule temporelle. Regrets éternels. Name dropping, nommagite aigüe, lâcher de noms qui résonnent plus ou moins, c'est selon. « King kong assasssiné. Comme Zapata. Pourquoi pas Maïakovski. Ou même Pavese. » Marina Tsvetaïeva. Martyres et révoltés, tous sacrifiés pour avoir joué le jeu d'une façon ou d'une autre. Icônes qui déconnent. Déconnectées. Figées à tout jamais. Echos de Jim (« Aujourd’hui les portes de toutes les salles de projection sont faites d’acier. Le cinéma exclut-il la lumière ou inclut-il l’obscurité ? » Arden lointain). Le poème de Sacco et Vanzettti. Le poème d'Hercule Poirot. Hommage à Dashiell Hammett. Hommage à Caryl Chessman (et mode d'emploi des chambres à gaz américaines). Hommage à Bonnie and Clyde. Hommage à Leopoldo María Panero, mort il y a deux ans à peine." 
Eric Darsan, Lire l'article complet

Ainsi fut fondée Carnaby Street, de Leopoldo María Panero
Traduit de l'espagnol par Victor Martinez et Aurelio Diaz Ronda. Le grand os, 2015


24 févr. 2016

À propos de "Ainsi fut fondée Carnaby Street" (3)


Carnaby Street, 1968 (anonyme)

Voici la note de lecture que Michel Ménaché consacre à Ainsi fut fondée Carnaby Street, de Leopoldo María Panero, dans le numéro 1041-1042 de la revue Europe
" Leopoldo Maria Panero, récemment disparu, fils d’un auteur franquiste, essayiste, nouvelliste, traducteur, fut un météore de la poésie espagnole. Réagissant à la dictature, il connut la prison, expérimenta les stupéfiants, subit l’épreuve de l’internement psychiatrique et fit plusieurs tentatives de suicide. L’ouvrage réunit trois ensembles. Publié en 1970, à l’âge de 22 ans, Ainsi fut fondée Carnaby Street, dédié aux Rolling Stones, en constitue la première partie. Suivent Tarzan trahi puis Autres poèmes. L’écriture relève du poème en prose, dans la lignée d’Aloysius Bertrand, pour les tableaux insolites, de Lautréamont, pour la cruauté ludique et, hors parenté littéraire, d’un Pierre Dac ou d’un Alphonse Allais pour l’esprit nonsensique. Chaque texte semble amorcer un récit ou esquisser un tableau mais c’est pour procéder aussitôt à l’interruption, à l’effacement, à l’autodestruction. La sous-culture du consumérisme se mêle aux bribes dégradées des rêves de l’enfance, aux souvenirs estompés d’une littérature en décomposition. La pop culture est en gestation et Carnaby Street dans le quartier de Soho en devient le cœur ! Panero témoigne en éclaireur de cette émergence provocatrice, sous couvert de libération, dans une société mercantile et sans âme…
Tarzan est trahi, Icare n’est plus qu’un jouet volant. Peter Pan s’est métamorphosé en Peter Punk, et après le désespoir de Nevermore, c’est Neverland qui assassine les derniers rêves fondateurs ! Le monde est entré en apocalypse, le suicide planétaire suit inexorablement son cours, dans l’indifférence ou l’hystérie collective d’une jeunesse en rupture qui refuse l’ordre établi mais n’a guère, ou pas du tout, de conscience historique. Ainsi, l’écriture de Panero s’avère révélatrice de cet état d’inachèvement fatal, de déliquescence physique et psychologique, qu’il a vécu ou subi lui-même comme les fans déjantés du groupe londonien fétiche, les tagueurs urbains profanateurs, les trublions destructeurs des emblèmes de la spéculation médiatico-culturelle omniprésente.
Victor Martinez précise dans une postface éclairante que Panero qui parlait plusieurs langues et avait beaucoup étudié a été influencé par la lecture de Deleuze, tout particulièrement Porcelaine et volcan et Renverser le platonisme. La logique du sens dans la pensée dominante est devenue pour lui un autre LSD qui nous renvoie le miroir de « la nouvelle économie libidinale occidentale ». Derrière la loufoquerie, la parodie, le mélange des genres ou des références (de King Kong à Maïakovski, du joueur de flûte de Hamelin aux dix commandements, de Sacco et Vanzetti à Mandrake, etc.), le recueil de Panero témoigne de la diffraction kaléidoscopique du monde asphyxié par « le stupéfiant image » (Aragon) multiplié à l’infini en succédanés publicitaires ou en répliques de pacotille. Si Leopoldo Maria Panero s’est autodétruit dans la drogue, l’alcool et la folie, il représente dans l’Espagne actuelle une voix solitaire, terriblement singulière, par son humour subversif et désespéré. Une multitude pourrait craindre aujourd’hui de s’y reconnaître… " 
Michel MÉNACHÉ, in Europe n°1041-1042, janv-fév. 2016 

Ainsi fut fondée Carnaby Street, de Leopoldo María Panero
Traduit de l'espagnol par Victor Martinez et Aurelio Diaz Ronda. Le grand os, 2015 

 

22 oct. 2015

À propos de "Ainsi fut fondée Carnaby Street" (2)



Julien Delorme, sur le site Addict-Culture, donne sa lecture de Ainsi fut fondée Carnaby Street de Leopoldo María Panero (Le Grand Os, 2015). Extrait et lien vers l'article :
Le recueil est composé de textes courts (de quelques mots à une page et demie) et puissants. Ne s’encombrant pas de cohérence, l’auteur alterne listes, collages saccadés et scénettes comme extraites de la littérature pulp la mieux troussée. On ne trouvera certes pas de lien direct dans l’écriture de Panero – expérience limite –, mais bien des jeux de réponse d’un texte à l’autre, et surtout une manière tout à fait singulière d’emprunter des thématiques, des motifs et des personnages de toutes origines. Le recyclage des fantasmes et des influences est total et le monde de Panero ressemble à ces coffres de jouets dépareillés permettant aux enfants d’improviser des histoires avec une poupée, un GI Joe et trois petits soldats…
Julien Delorme. Lire l'article complet

Ainsi fut fondée Carnaby Street, de Leopoldo María Panero
Traduit de l'espagnol par Victor Martinez et Aurelio Diaz Ronda. Le grand os, 2015 


21 sept. 2015

Ainsi fut fondée Carnaby Street / Leopoldo María Panero




titre : Ainsi fut fondée Carnaby Street 
auteur : Leopoldo María PANERO 

traduit de l'espagnol par Victor Martinez et Aurelio Diaz Ronda 
postface de Victor Martinez 


88 pages / 13 x 18 cm / dos carré collé 
couverture à rabats (dessin : Luciano & Milo - conception graphique : t2bis)
isbn : 978-2-912528-22-3 / éditions le grand os / collection Qoi 

titre original : Así se fundó Carnaby Street (1970)


parution :  21 septembre 2015 

12 € (+ 1,50 € de frais de port) 


La poésie tranchante et tendre de la mort du rêve dans la dissolution mercantile, entrevue dès 1970.  
Hugues Robert 


4e de couverture

" C’était l’hiver. Certains personnages du monde sillonnaient la ville. Pergolèse, les trafiquants et la Belle au Bois Dormant racontent qu’ici, pendant un temps, un « désir d’être peau rouge » s’empara de nous. Il ne reste plus de tout cela que les « Enfants Perdus » qui, au « Pays du Plus Jamais », permirent de fredonner des hymnes aux rêves « mieux que la réalité ». Des gens qui ne se connaissaient pas entendirent la rumeur d’un livre – enfin, il y avait un livre ! Un certain Flash Gordon et un certain Roger Waters se mirent en contact ; une fille de la Gran Vía et Antonello de Messine devinrent de très bons amis ; la reine des Chats et Bonnie and Clyde firent un voyage ensemble. C’est alors qu’il y eut des messages et des appels, des mots de passe. Le Balafré était arrivé au village sans écharpe rouge et sans arguments. Tout le monde le savait : c’était un jeune poète et son livre répondait au nom étrange de Carnaby Street. 
La secte des « panériens » grandit en silence, sans laisser le temps aux cœurs solitaires de se refroidir aux carrefours des rues. Les lecteurs, une lueur spéciale dans les yeux, parlaient d’un rapport mystérieux à Carnaby. La confusion empêchait de comprendre que chaque lecteur s’était transformé en amant. La légende d’un individu déconcertant, espagnol par-dessus le marché, qui avait assisté à la « Première à Londres de Mary Poppins » et qui, probablement, connaissait Syd Barrett de Pink Floyd, circula jusqu’au paroxysme. Certains jours, à certaines heures, un jeune homme s’approchait du kiosque en chuchotant quelques mots comme une oraison. Les libraires ne comprenaient pas. Lui, désirait ardemment, peut-être même sans avoir feuilleté les pages de « Tarzan trahi » ou de « Autres poèmes », un livre intitulé Así se fundó Carnaby Street. On était en mars de l’année 1970. "
Jordi Jové, extrait de « Así se fundó Leopoldo María Panero », 1986. 

L'auteur 
 
photo : Cèsar Malet (1970)
Leopoldo María Panero (1948-2014), fils d’un poète officiel du franquisme, a été poète, traducteur, nouvelliste, essayiste. À la parution de Así se fundó Carnaby Street, l’auteur a 22 ans et déjà, derrière lui, toute une vie d’écriture et d’expériences-limites : il a connu les geôles de la dictature pour agitation politique, l’internement psychiatrique pour consommation de stupéfiants, plusieurs tentatives de suicide, l’alcoolisme... À partir des années 80, diagnostiqué schizophrène, il séjourne, sans interruption et jusqu’à sa mort, dans différents asiles de fous (l’écrivain récuse la dénomination « hôpital psychiatrique »). Figure à la fois isolée et majeure des Lettres espagnoles, poète autodestructeur à l’humour subversif, qualifié souvent, à tort ou à raison, de maudit, Leopoldo María Panero est à lui seul un phénomène culturel et intellectuel qui fascine plusieurs générations de lecteurs, fous et moins fous. Son œuvre, abondante, témoigne d’un engagement, d’une intelligence et d’une culture qui expliquent sans doute la place singulière qu’il occupe dans son propre pays, hors de toute filiation et communauté poétiques, malgré l’amitié fidèle, entre autres, d’un poète de l’envergure de Pere Gimferrer.


Revue de presse 

« S’appuyant sur une redoutable maîtrise de ce qu’on ne nomme pas encore, en ces années-là, la "pop culture", Panero cultive une vision à la fois hallucinée et affûtée de la mort programmée des rêves d’enfance et de la dissolution mercantile qui s’annonce déjà sous couvert de "libération". » 
Hugues Robert, librairie Charybde, 5 juin 2015. Lire tout l'article 
  
«  Le monde de Panero ressemble à ces coffres de jouets dépareillés permettant aux enfants d’improviser des histoires avec une poupée, un GI Joe et trois petits soldats ; ou mieux encore, de ces constructions adolescentes consistant à coller sur un mur articles de presse, morceaux de textes, dessins et photographies en un cadavre exquis toujours en expansion, sorte de témoignage à l’instant T de la construction d’un individu. » 
Julien Delorme, Addict-Culture, 22 octobre 2015. Lire tout l'article
  
« L’écriture relève du poème en prose, dans la lignée d’Aloysius Bertrand, pour les tableaux insolites, de Lautréamont, pour la cruauté ludique et, hors parenté littéraire, d’un Pierre Dac ou d’un Alphonse Allais pour l’esprit nonsensique. Chaque texte semble amorcer un récit ou esquisser un tableau mais c’est pour procéder aussitôt à l’interruption, à l’effacement, à l’autodestruction. » 
Michel Ménaché, Europe n°1041-1042, janv.-fév. 2016. Lire tout l'article 
  
« Critique et mélancolique, riche et déjanté, maudit et iconique : tel est, à l'image de Leopoldo María Panero, Ainsi fut fondé Carnaby Street. Recueil poétique et geste politique sous ses airs publicitaires et fragmentés, provocateur et polémique sous ses dehors légers, britannique et hispanique de cœur et d'âme, ancré et déraciné, marqué par son époque et ses origines, manifeste d'une jeunesse perméable et réfractaire asphyxiée par le régime et attirée par l'appel d'air de l'étranger, fatiguée du franquisme et éreintée par le divertissement. » 
Eric Darsan, 19 février 2016. Lire tout l'article