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14 mars 2014

Des nouvelles du Citron… (4)


Karine Marco

Périne Pichon met son grain de sel dans l'affaire du Citron métabolique. Sa libre critique du livre vert de Laurent Albarracin est parue dans les News du dimanche 9 mars sur le site Libr-critique-la-littérature-dans-toutes-ses-formes. Extrait et lien vers l'article à continuation : 
" Un mode sous-tension, entre le possible et l’inexistant, pour décrire un monde aux allures de promesse. On est suspendu au « presque », piqué par l’acidité de l’agrume. Et par les jeux de langage du poète qui dessine un univers sphérique, où les extrémités se touchent et le peu devient « [ ...] l’ombre / du beaucoup ». Partis du jeu des sons, les mots se rapprochent : « côtelé » et « cauteleux » ; « oscillation », « vieille scie du monde », et fournissent l’illusion d’une similitude tronquée. Les lettres sont toujours les mêmes, pourtant les noms changent. Ce processus familier devient étrange quand il part d’un zeste d’agrume. " P. Pichon
Lire l'article complet sur Libr-critique

Laurent Albarracin. Le Citron métabolique. Le Grand os, 2013. 
 

13 févr. 2014

Des nouvelles du Citron... (3)

dessin : Karine Marco
 

Un Citron pressé de dire
par Anne-Marie Beeckman

  

Peu de poésies me font passer aussi vite de l’exclamation, de la joie, à la nécessité exubérante de tracer des mots pour continuer l’explosion. À vrai dire, je bondis quelquefois sur le téléphone mais là, il y avait
ici la sonnerie
avertissant
de sa dissolution
en sonnerie
 
C’est une bouffée de bonheur qui me précipite sur des feuilles à la lecture du Citron métabolique de Laurent Albarracin. En effet, première page, première ligne :
il y aurait un ici
qui serait
un peut-être
arrivé
 
Nous y sommes ! Ici, maintenant, un citron se démène, se tortille, se trémousse. Le désir de l’auteur de réduire les choses à ce qu’elles sont se trouve aux prises avec l’exubérance incontrôlée des choses. Avec leurs accointances au monde. Monde qui est un, nous ne le répèterons jamais assez, dans ses ramifications infinies qui, toujours, se recourbent. Il semble que même les astronomes nous donnent raison, surtout les astronomes : le monde est une sphère avec des confins. Nous avons raison de le tenir dans nos mains. 

Dans la poésie de Laurent Albarracin, le citron est en lui-même le mythe du citron. Et ainsi pour toute chose devant ses yeux. Poésie mythique plus que mystique. Méditation forcenée, pourrait-on dire. Qui voit le citron laisser tomber son jus pour toute transcendance. Comme une pluie avec des gouttes en biais. Laurent Albarracin voit un ici droit dans son biais. Un ici si prégnant que ce pourrait être un ailleurs qui insiste.

Dans cette poésie, la théorie se surpasse, s’exacerbe :
un là-bas
comme passé
dans le sur-là-bas
de son ici
 
Volume après volume, Laurent écrit le vrai livre du ça. Riche célébration qui nous rend de plus en plus riche. Le citron est délicieusement citron. Il n’y a pas plus pressant, tout-à-coup, de goûter encore ce qui vous froisse la langue, cet aigu du sens qui vous la rend pointue. Si nous voyions comme cet auteur,
le beurre du beurre
emplirait nos lampes
 
Laurent Albarracin était déjà, tout petit, un éternel vieux sage. Que l’on croit un peu ailleurs, que l’on croit un peu ivre. Que l’on pourrait accuser de paresse parce qu’il ne fera pas le mouvement de déplacer un citron incongru. Il a raison : on peut tout arrimer au citron. On pourrait, tout aussi bien, arrimer à la tomate. Tirez la corde, vous aurez le collier infini de toutes choses au monde et vous l’aurez ici. 

Il faudrait un art tout à fait magique pour peindre les pupilles de Laurent Albarracin et ce qu’elles engrangent, leur acuité acquiescante Je dirais qu’elles font leur miel de tout si le miel n’était pas cette substance collante et désagréable un peu. Non, un vin adorable et vif frétille de leur tonneau en perce. D’ailleurs, suivrions-nous cette poésie en tout que tout serait d’un autre tonneau. 

Il y aurait
des télescopages
sous le manteau
 

Sous le manteau, en effet, se font les choses les plus excitantes. Sous le manteau de Laurent Albarracin, les choses font l’amour, ou bien s’adonnent à l’onanisme ! Se fructifiant d’elles-mêmes. Stade morula hypertrophique qu’est la mûre de toute vision mûrie.
 
Le sein serait
le plein panier
du sein
avec son téton
pour unique
cerise
 
Et moi, en prise avec tout cet advenu, ne mesure que maintenant qu’il y a le nuage du conditionnel dans tout le poème. Mais le nuage y serait
un instrument
de précision
 
Nuage, vieux comme le monde. Elle vient pourtant cette détresse : leur « civilisation » n'a-t-elle pas déjà attenté aux nuages ? Non, tant que les mots des poètes seront des idéogrammes, tant que l'oeuf et la poule seront concomitants, tant que ça viendrait
par l'hypothèse
que ça vienne
 
Bien sûr, nous voulons aussi avoir sur le bout de la langue ce qui n'est pas venu, et, au coeur, le poignard de ce qui ne viendra plus.
  
Anne-Marie Beeckman

Article paru dans le n°12 (janvier 2014) de L'Impromptu, une publication régulière de la Collection de l'Umbo.


Le Citron métabolique de Laurent Albarracin (Le Grand Os, 2013) 
 

24 janv. 2014

Des nouvelles du Citron… (2)

K. Marco


Une note de lecture consacrée au livre de Laurent Albarracin, Le Citron métabolique, est en ligne sur Sitaudis.fr. Elle est signée François Huglo. Extrait :

" (...) on aura compris que ce fruit n’est pas celui d’un citronnier dans un patio ou dans un paysage, qu’il pousse dans un livre, sur cette « branche maîtresse » que serait « le possible », et que sa saveur est logique. L’opération qui libère ces arômes inséparables d’une certaine causticité peut être qualifiée de poétique ou d’humoristique, peu importe : dans les deux cas la logique est attaquée par la sensualité, non celle du citron mais celle des mots d’abord saisis par l’œil et par l’oreille. (...) "
Lire tout l'article

Une courte note à propos de l'ouvrage est également parue dans le numéro 33/34 de la revue papier Contre-allées. En voici quelques lignes :
" Petit format de livre à la couverture acidulée, dessins de Karine Marco pour évoquer le citron pressé de notre tête, notre agrume physiologique. (...) Les mots se mordent la queue dans l'ovoïde jaune pâle de notre lampe intérieure. (...) On se laisse porter par les répétitions qui tournent la tête et retournent la langue comme un gant jusqu'à nous faire habilement entrevoir et saisir un instant ce qui luit furtivement dans le noir. L'"ici" est le pépin qui innerve tout le texte (...) "

3 déc. 2013

Des nouvelles du Citron... (1)


photo : Karine Marco

Un premier retour, signé Joël Gayraud, sur Le Citron métabolique de Laurent Albarracin :
Écrit tout entier sur la tonalité de la possibilité rêvée, Le Citron métabolique exalte l'être-ici dans toute sa légèreté. Élégante et joyeuse façon d'en finir avec la pesanteur de l'être-là existentiel.
Philippe Annocque, quant à lui, donne un extrait du poème sur son blog Hublots

12 nov. 2013

Le Citron métabolique / Laurent Albarracin




titre : Le Citron métabolique
auteur : Laurent Albarracin 

Dessins de Karine Marco 

74 pages / 10,5 x 15 cm / intérieur papier bouffant / dos carré collé
isbn 978-2-912528-18-6 / éditions le grand os / collection Lgo 

parution : 15 novembre 2013

9 (+ 1,50 € frais de port)
 


extrait : 

citron
de contrition
joyeuse 


citron percé
obliquement
de son sens
obvie 


citron coupé
de telle façon
que sa face
fasse
pile 


que ses moitiés
tombées fassent
moteur 


que son tranché
le renverse 


que sa vision
le traverse 


ici
l’épi
de l’épée
qui l’épie 


ici
la fleur
du vase
de la fleur 


main
passée
dans la fleur
lors du bouquet
de l’offrande 


citron
par agglutination
du là autour
de l’ici


Le Citron métabolique est un poème qui interroge, comme dans la plupart des textes de Laurent Albarracin, la présence de l’objet. Il s’agit pourtant moins d’en cerner les contours dans une perspective pongienne, ou d’en avoir une approche phénoménologique, que de construire le lieu idéal et comme utopique de son apparition. Un certain esprit baroque et quelque chose qui serait du côté d’un fantastique métaphysique semblent animer cette écriture. À la fois ample et resserré (pressé comme un citron) le poème joue et se joue en effet sans cesse du caractère abstrait (au sens d’extrait) et en même temps très concret de la chose qui est ici le sujet du poème. À la fois édénique et localisée, défaite et recentrée (ou refaite et décentrée) par les images que ce citron suscite, la chose en question est soumise à rude épreuve et ce que les philosophes nomment son ipséité, ou plus simplement son caractère irréductible, semble voler en éclats qui sont autant de flèches qui le désignent et le percent de nouveau. Au terme de la lecture on a l’étrange sentiment que le « citron » s’est transformé, mais qu’il s’est transformé en lui-même. 


Revue de presse :

Attention, le citron n’est pas le support du poème (comme chez Francis Ponge), mais bien sa matière. Il est transformé plutôt que révélé. Toutefois, cette transformation s’inscrit dans un cycle : il donne la matière pour créer le texte, et le texte retourne au citron. 
Périne Pichon, Libr-Critique, 4 avril 2014. Article complet

Ici, maintenant, un citron se démène, se tortille, se trémousse. Le désir de l’auteur de réduire les choses à ce qu’elles sont se trouve aux prises avec l’exubérance incontrôlée des choses. Avec leurs accointances au monde.
Anne-Marie Beeckman, "Un Citron pressé de dire", in L'Impromptu n°12 (janvier 2014). Article complet

On ne sort pas du mot, pas de la chose non plus, au contraire. On n’en sort pas —définition de l’immanence ?— mais par mille détours, mille voyages. Citron métabolique, comme métamorphoses d’Alice. Loin de la dichotomie pongienne parti-pris des choses (muettes) / compte tenu des mots (la langue, la mère-patrie presse-tige du père-patriote), Albarracin tente l’aventure d’une entrée dans la chose par l’incision, par l’incidence du mot.
François Huglo, Sitaudis.fr, 24 janvier 2014. Lire l'article 

On se laisse porter par les répétitions qui tournent la tête et retournent la langue comme un gant jusqu'à nous faire habilement entrevoir et saisir un instant ce qui luit furtivement dans le noir. L'"ici" est le pépin qui innerve tout le texte. 
Note de lecture, in revue Contre-allées, n°33/34 (automne-hiver 2013) 

Écrit tout entier sur la tonalité de la possibilité rêvée, Le Citron métabolique exalte l'être-ici dans toute sa légèreté. Élégante et joyeuse façon d'en finir avec la pesanteur de l'être-là existentiel.
Joël Gayraud


Laurent Albarracin (1970) commence à publier ses poèmes vers la fin du siècle dernier, dans de petites structures éditoriales : ces premiers textes seront pour l’essentiel réunis dans Le Verre de l’eau (Le Corridor bleu, 2008). Parallèlement, il participe à l’aventure du Jardin ouvrier, la revue d’Ivar Ch’vavar (1995-2003). Il a publié plus récemment Le Secret secret (Flammarion, 2012), Résolutions (L’Oie de Cravan, 2012) ou encore Le Ruisseau, l'éclair (Rougerie, 2013). Il est également l’auteur de deux études sur Louis-François Delisse (2009) et Pierre Peuchmaurd (2011) aux éditions des Vanneaux. Il a obtenu le prix Georges-Perros en 2012. Il anime les éditions Le Cadran ligné et tient une chronique de poésie sur le site de Pierre Campion

De Laurent Albarracin, Le grand os a également publié, dans le numéro 5 de la revue LGO une série de poèmes inédits, intitulée Res Rerum


1 nov. 2013

Le Citron métabolique / premier zeste


dessin : Karine Marco

Premières strophes du Citron métabolique de Laurent Albarracin, en attendant la parution, imminente, du livre dans la collection Lgo. 

il y aurait un ici
qui serait
un peut-être
arrivé

ce serait un ici
de là
en là

pas du tout un pourquoi

plutôt un
plutôt

ce serait un ici
avec des incidences
ici

avec des pépins
comme des ballons

un ici
dans son jus

citron
par hasard
et dénomination

en tout cas
un toujours
de circonstance

ce ne serait pas 
l'ici de tout

juste l'ici
d'ici

celui
de nul autre ailleurs

citron quand bien même
nuage se fasse 

(...)

Laurent Albarracin