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22 mai 2015

G. MAR | Entretien avec Elise Dussart

Avant de retrouver G. MAR, auteur de Nocturama, en chair et en os devant l'étal du Grand Os au Marché de la poésie à Paris en juin, nous reproduisons l'entretien qu'il a accordé, par écrit, à l'inoubliable journaliste Elise Dussart.
 
© Gaël Bonnefon

(1)

Simple curiosité, pour commencer. Tu publies ton premier ouvrage, The Beat Degeneration chez D-Fiction en janvier 2014. Tu as trente-neuf ans si je ne me trompe et rien à ton actif, même pas un texte en revue. Pourtant l’ensemble des textes qui composent ce recueil fait signe vers une réelle expérience d’écriture, et même traite de l’écriture comme expérience. J’en viens donc à ma question : quelle est ton expérience d’écriture avant cela ?

Ma première expérience remonte à mes dix-sept ans. Je suis assis dos au mur du lycée (à Rouen)… Face à moi le parc intérieur – un morceau de macadam – une touffe d’arbres et un vieux bâtiment du genre maison de maître 1900 servant à l’administration. Effroyable sentiment de solitude suite à une rupture (c’est la Kaddie des textes-rêves, le double visage incarné de la perte). J’entre alors dans un état proche de la catatonie – je ne sens plus mon corps – il ne pèse rien – c’est une expérience de désincarnation : je me vois réellement de dos comme depuis un œil jeté loin derrière moi – quelques mètres (comme il arrive dans les rêves de se voir à distance au centre d’une scène en cours) et je vois le macadam, la touffe d’arbres et le bâtiment administratif – je suis au centre de cette vision et donc à l’extérieur – les corps qui sillonnent physiquement la cour ne sont pas vus – ils ont disparu – le bâtiment dos auquel je suis assis est perçu complètement vide (ce qu’il n’est pas) – cette vision semble durer des heures… Ma première expérience est une tentative pour rendre cela par écrit – la description de cette redistribution de l’espace depuis un point focal situé hors du corps (spectateur transcendantal, narrateur omniscient) et première déception : la description de cette scène est aussi ratée que celle que je viens d’en faire. C’est une description en surfaces – une description spatiale – géométrique et trop euclidienne – impossibilité de faire passer dans le texte l’intensité du vécu lié à cette expérience (l’intensité des affects en proie aux impressions de vide – l’étrangeté vécue du sentiment de désincarnation – et toutes les souffrances en concrétion de la perte qui en sont sûrement l’événement déclencheur…etc.). Face à ce manque de faculté descriptive en intensités j’abandonne tout projet d’écrire. Ma première expérience d’écriture est donc celle d’une perte des puissances d’affection dans la lettre. Celle d’un amour déçu… Seconde expérience d’écriture – 25 ans – élément déclencheur : l’énormité du sentiment amoureux (G., source réelle de devenirs polymorphes…). Sa rencontre prend l’allure d’une nouvelle reconfiguration de l’espace sous le poids des affects – l’écoulement du temps est lui-même perçu avec le sentiment du nouveau et c’est des pans entiers de plafonds qui s’effondrent avec leur plâtre à la tangente de deux fronts dans une chambre d’hôtel – des planchers qui ploient sous des avalanches de sentiments – la déflagration des kinesthèses et l’unité du monde coercitif avec elles – l’espace vécu réduit au sans contour de la couleur rouge – le corps-parlant qui se découvre incroyablement grandi (et comme hors-peau) – le battement du temps à l’unisson de deux pouls plus fort que celui que scandent les horloges atomiques…etc. Tout cela mis en mot avec l’intensité adéquate à l’expérience qu’ils transcrivent mais alors… dans une langue totalement inaudible. Je ne fais qu’écrire des trucs illisibles (ou qui ne peuvent être lus que par celle qui, justement, partage mon expérience, dans une sorte de solipsisme à deux). L’amour et son langage propre sont étrangers à toute communauté (de mœurs et de langues). Ce qu’il me reste aujourd’hui de cette expérience c’est que l’écriture, dans son aspect sauvage, comme l’amour donc (mais aussi comme l’enfance qui est le temps des intensités et du nouveau), se tient essentiellement hors-la-loi, au sens où elle ne peut être prescrite par quelque communauté légiférante que ce soit. A commencer par celle des vieilles énormités crevées et leurs palmes académiques jusqu’à leurs imitateurs contemporains et leurs penchants pédantesques pour l’unique et fédérateur mainstream générationnel. Ecrire réclame cette surdité aux attendus tyranniques de la forme. J’essaie d’écrire amoureusement dans ce sens-là.

Et rien d’achevé dans tes archives ?

J’ai brulé beaucoup. Pas par esprit romantique, mais parce que je suis un insatisfait compulsif. Je pense d’ailleurs que se lancer dans l’écriture provient d’un certain principe d’insatisfaction à l’œuvre, ne serait-ce qu’à l’égard du monde tel qu’il est, quelque chose des puissances morbides jetées vers l’extérieur comme une perpétuelle envie de meurtre ou d’incendies. Après ça m’est passé. Reste que le temps de vie moyen d’un texte est d’environs quinze jours. Passé ce délai j’y reviens comme à un cadavre. L’ensemble a perdu l’intensité première avec laquelle sa composition a été vécue. Mais au lieu de les ensevelir pour de bon comme avant je les stocke, nourrissant certainement pour eux quelques espoirs de résurrection… Ce qui arrive d’ailleurs assez souvent. D’où cette idée souvent entrevue d’une coïncidence entre le travail d’écriture et le projet maladif du Dr. Frankenstein. Faire vivre des morceaux de trucs morts en les faisant tenir tout d’une pièce dans le corps du texte. Cela renvoie à une sorte d’intuition que je n’arriverai pas à développer. Pour le dire de la manière la plus succincte qui soit : vivre et mourir sont les deux souffles continus de l’écriture.

(2)

Expérience, vécu, intensités, résurrections, amour, métamorphoses, devenirs polymorphes… ce vocabulaire est récurent chez toi. Dans sa préface à The Beat Degeneration Michel Ennaudeau parle de tes textes comme motivés par un « vivre-écrire-aimer ». Est-ce que tu te reconnais dans ces mots ?

Evidemment ! Il y a là comme une trinité vivante. Indissociable même. Mais comme chez les Chiites j’y ajouterais un prophète caché. Thanatos. Ou Hadès… voire Gorgone. Reste que tout cela est très lié. Je suis en train de lire le Journal de Kafka. Quand il parle de son expérience d’écriture il y va chez lui de questions de forces (voire d’intensités). Soit il n’a pas la force nécessaire à produire la moindre phrase et sa vie lui paraît un désastre – des idées de suicides l’habitent alors. Soit ses phrases le subliment (lui-même, en tant qu’il en est l’auteur), ou plutôt, elles opèrent en lui quelques processus de transfiguration qui accroissent le sentiment de sa propre existence, lui confèrent un surplus de vie (un plus d’intensités). Par exemple quand il dit : « Intrépide, nu, puissant, surprenant comme je ne le suis d’habitude que lorsque j’écris ». Voici son corps glorieux, et ce corps transfiguré est trouvé dans l’écriture (et non dans les Écritures soit dit au passage). Or ces phases d’exaltations et d’expériences moribondes, comme celles de la monotonie, du vide existentiel, de l’impuissance à écrire s’alternent de manière essentielle – par intérim – et scandent le tempo propre à toute existence. Des hauts et des bas antithétiques ont lieu dans un seul et même être (lieu d’envols, de dépressions et de turbulences au passage de l’un à l’autre…). Bref, la vie d’un individu semble être une succession de petites morts et de résurrections, de gouffres et de pics formant un long oscillogramme le long de cette flèche par laquelle on représente le temps. Chez certains, l’écriture est le moyen par lequel s’opèrent ces résurrections. En même temps, pas de résurrection sans mort préalable (de ces petites morts qui, accumulées, font une vie). Il y a entre elles une réelle accointance. Une familiarité même.

Venons-en à la publication de ton recueil, Nocturama, aux éditions Le Grand Os, plus proche de toi… Celui-ci est sous-titré Texte-Rêves et Hypnagogies, termes qui font référence à deux types de textes j’imagine. Est-ce que tu pourrais expliquer leurs différences ? Et surtout expliquer ce que tu entends par hypnagogies.

Les textes-rêves proprement dits sont des textes écris sur le mode de l’élaboration secondaire si l'on veut, avec volonté de tirer au réveil l'ensemble des fragments mémorisés du rêve (de manière anarchique, séquentielle, et donc incomplète) vers la forme (imparfaite) du récit. Par exemple, L'Heure des Nations a été composé dans ce sens là. Les textes hypnagogiques puisent quant à eux dans des expériences hypnagogiques réelles, il s’agit d’états de conscience intermédiaires entre la veille et le sommeil propice à la production de troubles sensoriels dont l’une des caractéristiques est la non dissociation entre rêve et réalité – le sujet ayant durant cette phase d’endormissement (ou de ré-endormissement) encore accès à ses cinq sens, mais alors en proies à toutes sortes de dérèglements mêlant perceptions concrètes, souvenirs empiriques et hallucinations d’une intensité visuelle réellement incroyable. De ce que je peux en dire, l’une des impressions récurrentes qui se produit dans ces états c’est que le monde des sens – sa présence – s’écroule – pour se diluer dans l’espace nocturne – sans repères spatio-temporels – avec pressentiments récurrents de mort imminente. Tout ce qui est perçu dans ces états se voit redistribuer selon des logiques imprévues qui font fi (voire feu) des attendus de la forme narrative. Maintenant, pour être honnête il n'existe pas de texte hypnagogique pur, au sens de : qui transcrivent en l’état le vécu propre aux états hypnagogiques et leurs différents contenus. Pour deux raisons. D'abord parce qu'intervient, je dirais à mon insu, le travail d'écriture (et donc là encore, une certaine forme de réélaboration). Ensuite parce que l'expérience, la manière, l'intensité et la force d'impression des images telles qu’elles ont été vécues ne trouvent pas à se dire dans notre chère langue à l'état brut. J'ai dû  chercher des subterfuges, ou plutôt des manières d'écrire (des formes) qui collent (au moins sur le plan structurel) à ces expériences et soient capables d'en témoigner (bien que franchement indescriptibles). Par exemple, toutes les sensations liées à l'épreuve d'une dématérialisation du corps-propre et autres expériences d'ubiquité dans certains états hypnagogiques – il n'existe pas d'images pour cela, pas d’expérience commune, communicable, et donc pas de mots (sinon des concepts –  vides – car désaffectés – qui ne conviennent pas à l'écriture littéraire). Ça me fait penser à ce que dit Blanchot à propos de Kafka, que je lis parallèlement au Journal en ce moment, et que j’ai envie de citer parce que ça fait écho à la manière dont je vis les choses, réellement : « Il semble que la littérature consiste à essayer de parler à l’instant où parler devient le plus difficile, en s’orientant vers les moments où la confusion exclut tout langage et par conséquent rend nécessaire le recours au langage le plus précis, le plus conscient, le plus éloigné du vague et de la confusion, le langage littéraire. » Et voici ce qu’il ajoute, qui fait écho aux questions-réponses précédentes je pense : « Dans ce cas, l’écrivain peut croire qu’il crée « sa possibilité spirituelle de vivre » ; il sent sa création liée mot à mot à sa vie, il se recrée lui-même et se reconstitue. C’est alors que la littérature devient un « assaut livré aux frontières », une chasse qui, par les forces opposées de la solitude et du langage, nous mène à l’extrême limite de ce monde, « aux limites de ce qui est généralement humain ». »
(3)

Post-scriptum, concernant la manière de témoigner, dans un langage littéraire, de ce qui se donne comme expérience à l’état de confusion (les hallucinations hypnagogiques). J’essaie de trouver, pour les traduire, non pas le bon mot, le mot juste, celui qui colle à la chose (ou l’image), mais le bon groupe de mots avec sa cadence propre, celui qui est à la fois capable de témoigner au mieux de l’intensité visuelle des différents rêves mais aussi et peut-être surtout de leurs vitesses propres.

Justement, tu me tends une perche. Tu parles de cadence. La question du rythme se pose chez toi. Quand on te lit on a l’impression de, je ne sais pas… disons d’être attiré en avant vers des points qui ne sont jamais là où on les attend, et qui reculent sans cesse. S’ensuit un certain vertige, et même de l’inconfort. Quoi qu’il en soit on dirait que tu forces parfois le débit au-delà du naturel.

Je ne sais pas si c’est une critique ou non mais c’est très bien dit. L’un des sens possibles du terme Beat Degeneration (c’est même celui avec lequel il m’apparut), pourrait se traduire par Dégénérescence du Rythme, au sens d’un devenir monstre de celui-ci par lequel le langage lui-même se trouverait en quelque sorte poussé à ses limites, et l’une des limites, naturelle justement, du langage, est celle que lui impose le souffle (que nous n’avons pas continu). Quand j’ai commencé à écrire j’avais en tête ce que dit Flaubert sur la nécessité qu’il éprouvait de soumettre ses textes au gueuloir comme s’il y avait là, dans la mise en voix, tous les réquisits et les canons d’une harmonique naturelle en somme, et, bien sûr, je me suis mis en tête de faire tout le contraire (à cause de sa Bovary que je trouve très réussie, c’est-à-dire : réellement très chiante, et aussi à cause de Pythagore et des pyramides d’Egypte…). J’étais alors mobilisé, corps et âme, à n’écrire que des textes qui, s’ils étaient lus à haute voix nous étoufferaient sur place, le faciès gorgé de sang, le corps pantelant comme après une trop longue transe. Bien sûr, encore une fois, ça donnait de l’illisible (des trucs aussi indigestes que Mongolie, plaine sale de Savitzkaya, que j’ai beaucoup aimé à l'époque, et que je suis incapable de lire aujourd’hui). C’est que j’ai rongé mes freins depuis, mais il doit m’en rester quelque chose comme ne pas manquer d’écrire avec les nerfs quand l’occasion s’en présente. Et puis, mentalement, je débite à un rythme espagnol, au point que mes pauvres lèvres brûleraient si je tentais d’articuler physiquement au même rythme. Quand aux impressions de vertige dont tu parles, c’est drôle mais le dernier rêve plus ou moins marquant que j’ai fait était celui d’une chute où l’on ne tombe pas, une chute sans fin en raison d’une absence totale de sol. Il doit y avoir un lien entre l’usage emballé du rythme et les impressions récurrentes d’effondrement et de fin du monde dans Nocturama j’imagine.

J’aimerais maintenant enchaîner sur des considérations plus satellites si je peux dire. Je pense à l’importance, notée par Romain Verger dans la chronique qu’il te consacre, des références filmiques dans Nocturama. Quel rôle jouent ces films invoqués dans la composition de tes textes ?

A vrai dire, ils ne m’ont servi que d’indicateurs d’ambiances, comme on indique l’humeur d’un personnage entre parenthèses dans les textes de théâtre. Tout le monde associe certaines ambiances à tel ou tel réalisateur, comme un goût propre à telle et telle marque de Cola. Les titres de film font donc référence à des ambiances-types. Ce sont des clichés à connotations esthétiques. Maintenant je ne nie pas une réelle influence de ces films sur la formation de mes textes. J’ai eu la chance de me faire virer définitivement du lycée trois mois avant le bac… La surveillante principale cherchait alors quel élève pourrait intégrer l’équipe du jury lycéen du Festival du cinéma nordique de Rouen. Comme j’étais le plus libre de tous ça m’est tombé dessus et je me suis mangé quatre à cinq films par jour pendant deux semaines, dont la totalité des Dreyer auquel était consacrée une rétrospective. Dans la sélection il y avait ce film de Knut Erik Jensen, un film muet datant de 1993 qui m’a particulièrement marqué et dont on retrouve le titre, Stella Polaris, dans Nocturama. Il y avait tout un tas d’autres films déroutants, voire dérangeants, filmés selon des procédés que je n’avais jamais vus. C’est un évènement marquant dans ma formation culturelle. Avant ça je m’enfilais des Rocky, des Rambo et autres Conan le Barbare en buvant des bières comme un veau avec les larrons qui me servaient alors de copains. J’avais voté pour ce film. Et c’est le film le plus ringard, le plus convenu, une fresque historique sur fond de bourgeoisie, qui remporta la palme…

Tu parles d’écriture comme expérience, mais je me rends compte que ton écriture puise elle-même dans ton expérience. Comme s’il y avait un va-et-vient continu entre ces deux plans : l’expérience (vécue) sur laquelle s’appuie ton écriture, et l’écriture comme ce qui procure, par sa pratique, une autre expérience, je dirais bien une expérience de la transformation, ou de la transfiguration (à commencer, peut-être, par celle de ce vécu lui-même). Est-ce qu’il y a d’autres évènements marquants comme celui dont tu viens de parler qui ont influencé, de près ou de loin, ton écriture ?

A y réfléchir, oui. L’histoire du festival ce n’est qu’une anecdote à côté… A dix-neuf ans je rencontre une Ukrainienne. Appelons-là Iliona. La mort avait germé en sa chair pourtant jeune, laissant à sa surface comme un vide. C’était trois ans après la catastrophe de Tchernobyl… je n’en dirai pas plus, par respect pour elle, pour qui j’ai beaucoup d’estime. La seule chose à retenir c’est que je suis entré en contact, physiquement, avec les effets de l’histoire sur les corps (et forcément les âmes). C’est une chose d’avoir entendu des histoires (furent-t-elles proches de nous, je pense aux histoires familiales) – et c’est autre chose de voir, et même toucher, sur un corps, l’emprunte réelle de l’Histoire, sa marque indélébile, ses capacités de carnage. Cette sorte d’incarnation de l’Histoire, la manière dont elle investit les corps m’apparût (étrangement) dans la négation même de la chair – sous les traits d’une amputation, d’un manque, d’une soustraction ontologique opérée sur un être charnel. L’Histoire, elle, n’a pas de corps. C’est de l’énergie, et même du pulsionnel. De l’inhumain au sens négatif du terme. De la désaffection à l’état pur (c’est-à-dire de l’événementiel sans l’homme). Après ça, j’ai eu l’occasion de m’occuper durant deux mois d’une vingtaine d’enfants de Tchernobyl. Récemment j’ai fait mes comptes. Compte tenu de leur espérance de vie ils doivent tous être morts à cette heure. Ou presque… 
 
Le Grand Os, nov. 2014. Collection Poc ! 
 

7 févr. 2015

Nocturama lu par Jacques Josse


© Gaël Bonnefon

« Le texte de G. Mar, qui alterne passages posés et scènes bien cadencées, vibre en permanence. On y pressent une autobiographie remixée qui s’aère, se frotte parfois aux événements du monde (Tchernobyl, J.O. de Londres, chute du mur de Berlin) tout en restant portée par un phrasé à flux tendu. Les vingt-deux séquences de son diaporama nocturne balaient hameaux perdus, zones industrielles ou mégalopoles. Ses reflets bleu-acier (qui courent des eaux de la Meuse à celles de la rivière Chicago) permettent à tous ceux qui cognent leur verre l’un contre l’autre dans les bistrots isolés des campagnes désertes de se regarder (morts ou vifs) droit dans les yeux, et ce jusqu’à l’aube. » 
Jacques Josse, remue.net, 27 janvier 2015. Lire l'article complet

Le Grand Os, nov. 2014. Collection Poc !

30 janv. 2015

Nocturama lu par Hugues Robert


 « Un puissant flow poétique onirique, habité de redoutable réel halluciné. » 


© Gaël Bonnefon


Notre précédent billet présentait la note de lecture que Hugues Robert a consacré à Quoi faire de Pablo Katchadjian. Toujours sur son blog Charybde 2, le libraire s'est penché avec un même bonheur sur le deuxième titre de la collection Poc ! : Nocturama de G. MAR. Extrait : 
« Mêlant en un flot liquide qui, sous l’apparence du spontané et de l’aléatoire, développe soigneusement une construction rigoureuse associant redoutables images du monde, rebattues ou cachées, et potentielles idiosyncrasies d’un auteur au sommeil éveillé, ces rêves cauchemardesques et ces délires idylliques substituent aisément une lecture sociale et politique de la culture telle qu’elle va à une présence par trop intime, illuminations (Rimbaud, comme le rappelle Claro, irriguant largement ce texte) autrement plus éclairantes qu’une exploration freudienne ressassée d’un inconscient qui l’est de moins en moins. »
Hugues Robert, in Charybde 2, 22 janvier 2015. Lire l'article complet 

À noter que le livre de G. MAR, au même titre que celui de Katchadjian, figure parmi les "coups de cœur" de la librairie Charybde.

129 rue de Charenton 
75012 Paris 


Nocturama : textes-rêves & hypnagogies, de G. MAR
Le Grand Os, nov. 2014. Collection Poc ! 

26 janv. 2015

Nocturama lu par Guillaume Contré


Affiches de Gaël Bonnefon, Toulouse, décembre 2014

Dans Le Matricule des anges de ce mois de janvier 2015, on peut lire cette note de lecture de Guillaume Contré à propos de Nocturama de G. MAR
« "Je m’enfonce dans la tourbe jusqu’aux chevilles le crâne de mes quinze ans déniché dans une fosse commune entre les mains". On ne rigole pas à toutes les pages en lisant les "textes-rêves" parfois cauchemardesques qui tissent la curieuse mosaïque du premier livre du mystérieux G. Mar ("né dans les Ardennes au milieu des années 70"). Faisant suite au remarquable Quoi Faire de Pablo Katchadjian, il s’agit du deuxième opuscule de l’intrigante collection "Poc !" du Grand Os.
Une logique onirique rythme donc cette écriture du fragment et de l’inversion ; du souvenir réel soudainement devenu apocryphe ; de la narration entrecoupée d’autres narrations ; de paradoxes ("Notre crime est là devant nous alors que nous ne l’avons pas encore commis") ; de réminiscences cinématographiques (Hiroshima mon Amour ; Orange Mécanique…) ; d’associations d’idées ou d’images inquiétantes ("des sympathisants du général Pinochet déversent depuis les fenêtres des sacs de cocaïne") ; etc.
Le narrateur (le rêveur, l’auteur) passe insensiblement de Rouen à Chicago et croise des jeunes filles "moulées à l’ombre des boutiques", dont les "yeux disparaissent sous leurs soutiens gorges", se trouve (avec qui ?) à un moment donné dans "une ville du Sud de la France (à moins que ce ne soit la Crimée)", a de "larges flopées d’air [qui] sortent de [s]a bouche pour faire éclater la surface redevenue plane de [s]es couvertures" tandis que "par la fenêtre le ciel immense se couche par nappes de lumière" et qu’il aperçoit "un grand navire au loin sur la Meuse chargé de tous nos morts".
Angoissée, parfois ironique, lyrique mais exempte de toute emphase, l’écriture de G. Mar est forte d’une belle capacité à créer des images puissantes et à suivre une intuition généreuse. Les scènes se mêlent, se croisent et se confondent en une singulière cosmogonie. »
Guillaume Contré, in Le Matricule des anges n°159, janvier 2015

Nocturama : textes-rêves & hypnagogies, de G. MAR
Le Grand Os, nov. 2014. Collection Poc !  

11 déc. 2014

Nocturama lu par Claro


peinture : León Diaz Ronda
 
Sous le titre "Eclipses à mains nues – G. Mar hypnagogique", Claro signe sur son Clavier Cannibale un papier fort pertinent et réjouissant à propos de Nocturama, le deuxième volume de la collection Poc ! 
Cerise sur le gâteau, son propos est illustré d'une peinture de León Diaz Ronda, dont on pourra reluquer quelques reproductions ici-même ou là-même, entre autres.

Extrait de la note de lecture : 
« G. Mar profite du brouillage des frontières entre rêve et réalité pour distiller des scènes qui, si elles semblent basculer dans le camp de l'onirisme, n'en restent pas moins pétries de réalité ordinaire, une réalité hantée par la guerre, la fuite, les villes en ruines, les rencontres impossibles, les paysages de l'enfance… Errant, menacé, à la fois acteur et témoin, son narrateur qui résiste au récit pour mieux percer la croûte des apparences, demeure un voyant aveuglé. Les lieux, mystérieusement, sont interchangeables, Berlin peut devenir Jérusalem à la faveur d'un mur, Chicago laisser la place à Rouen… Seule compte la fulgurance de sensations qui permettent à l'écriture de traverser transversalement divers états et expériences, des sensations qui se chassent et s'enchâssent tandis que passé, présent et futur s'ordonnent et se réordonnent selon d'autres logiques que celle de l'histoire. »
Claro, in Le Clavier Cannibale, 10 déc. 2014. Lire l'article complet

Nocturama : textes-rêves & hypnagogies, de G. MAR
Le Grand Os, nov. 2014. Collection Poc !

10 déc. 2014

Nocturama lu par Philippe Annocque


© Gaël Bonnefon

C'est au tour de Philippe Annocque, sur son blog Hublots, de consacrer une jolie note de lecture, avec extraits choisis, de Nocturama de G. MAR. Premières lignes :
« On pourrait être tenté de croire que pour dire le monde il suffirait de le regarder, les yeux ouverts, écarquillés même pour plus de clairvoyance, en pleine lumière. L’esprit lucide. Mais on sait bien qu’on ne voit que la surface du monde. L’évidence cacherait l’essentiel s’il y en avait un – on n’en sait rien. Alors autant fermer les yeux. On le voit quand même, le monde, on s’y voit aussi, même. Et ce qu’on y voit, c’est autre chose. Ou bien la même chose, mais autrement. En perpétuelle découverte… »
Philippe Annocque, in Hublots, 9 déc. 2014. Lire la suite
  
Nocturama : textes-rêves & hypnagogies, de G. MAR
Le Grand Os, nov. 2014. Collection Poc ! 

2 déc. 2014

Nocturama lu par Romain Verger


© Gaël Bonnefon

Un extrait ci-dessous de la note de lecture inspirée que Romain Verger consacre sur son site à Nocturama de G. MAR :
« Faulkner, Resnais, Dreyer, Lynch, Kubrick, Hitchcock et bien d’autres participent de cette fresque hallucinée dans laquelle on circule comme en rêve, où plutôt comme dans un cauchemar, vécu et revisionné. Les gros plans alternant avec les vues aériennes, les accélérations, les arrêts sur image, les retours en arrière et les morts imminentes toujours rejouées (comme ces flics en carton qui ne cessent de vouloir percuter le narrateur de leur voiture) indiquent les brisures, les accrocs et les motifs obsessionnels de la narration. Déroutant à plus d’un titre, ce diorama en mouvement où s’appréhende l’identité tout autant que l’Histoire compose une sorte d’anamnèse hyperesthésique où les catégories du temps et de l’espace se superposent et se fondent en un chronotope frénétique et détraqué. Dans Nocturama, tout commence par la fin, dans un décor d’Ardennes post-apocalyptique où les habitants d’un bidonville s’apprêtent, sacrifiant au rite de la crémation, à brûler le cadavre du narrateur sur un lit de pneus et de détritus. Incinération qui prélude à la dissémination de ses cendres dans les strates de l’Histoire, selon un processus inverse de la remontée au jour du corps évoqué d’Ötzi, un homme découvert par des randonneurs, que la fonte d’un glacier en 1991 avait exhumé de la préhistoire. »
Romain Verger, in Membrane, 1er déc. 2014. Lire l'article en entier
  
Nocturama : textes-rêves & hypnagogies, de G. MAR
Le Grand Os, nov. 2014. Collection Poc ! 

7 nov. 2014

Nocturama : textes-rêves & hypnagogies / G. MAR



titre : Nocturama : textes-rêves & hypnagogies
auteur : G. MAR 

96 pages / 13 x 18 cm / dos carré collé 
couverture à rabats (photographie : Gaël Bonnefon - conception graphique : t2bis
isbn : 978-2-912528-21-6 / éditions le grand os / collection Poc ! 

parution :  14 novembre 2014 

12 € (+ 1,50 € de frais de port)  



4e de couverture

Des villes s’écroulent dans des expériences de mort imminente – Des mercenaires virtuels traversent plusieurs guerres, exhumant au passage l’histoire familiale du rêveur de la fange des siècles – Une descente dans les limbes d’un continent sud-américain le mène jusqu’à la révélation d’un soleil fondu dans la bouche – Une fille conduit sous acide dans un paysage de campagne parsemé d’industries appelées à s’écrouler à la suite du mur de Berlin – Un amour de jeunesse refait surface sous les traits du personnage de Caddie dans Le bruit et la fureur de Faulkner – Des flics américains en carton déferlent toutes sirènes hurlantes jusqu’au seuil d’une inquiétante maison freudienne – Des images des attentats du 11 septembre défilent en boucle sur les eaux sénégalaises du Saloum… 

Passablement étrangers à la psychologie des profondeurs, aux grandes effluves de l’introspection comme aux simples fantasmagories de l’absurde, les "récits" qui composent Nocturama esquissent la cosmologie mentale d’un monde en première personne du singulier dont la physique particulière, et les lois qui en régissent l’ordre sensible, est sourde aux règles de la narration bien comprise (espace homogène et temps des horloges). Si les rêves appartiennent ainsi à des temps pré-historiques (pré-narratifs), reste qu’ils s’ancrent dans l’inéluctable biographie du rêveur – son propre passé – mais aussi l’histoire impersonnelle à laquelle il appartient : l’histoire familiale en premier lieu (reçue en héritage), et l’Histoire tout court, ce cauchemar dont on essaie de s’éveiller comme le souligne Stephen Dedalus dans Ulysse. Mixte de matière personnelle et impersonnelle, ce recueil fait signe vers ce qu’on pourrait appeler de nouvelles mécaniques lyriques.
L'auteur 

G. MAR est né dans les Ardennes au milieu des années 70. Il est l’auteur des Notes, sans partition, publiées sous le titre The Beat Degeneration par D-Fiction (édition numérique, 2014). Deux courts textes de l'auteur ont également paru dans le numéro 5 de la revue LGO (Le grand os, 2012). Il anime le blog La Part du mythe.

A LIRE ici :
 

Revue de presse 

« Les meilleurs passages de ce livre qu’il faut absolument découvrir ne résident pas tant dans l’inventivité surréaliste que dans les jeux avec le temps et les codes : l’agencement répétitif va jusqu’à alterner réel et virtuel, la narration étant informée par le jeu électronique. »
Fabrice Thumerel, in Libr-critique, 7 août 2015. 
 
« Le texte de G. Mar, qui alterne passages posés et scènes bien cadencées, vibre en permanence. On y pressent une autobiographie remixée qui s’aère, se frotte parfois aux événements du monde, tout en restant portée par un phrasé à flux tendu. »
Jacques Josse, in remue.net, 27 janvier 2015. Lire l'article

«  Flow saisissant, mobilisant ses décors de flamme et de fureur pour mieux offrir ses rares haltes haletantes et toujours comme menacées, pétri du contemporain glacé comme de l’historique halluciné, Nocturama offre une rare expérience à la lectrice ou au lecteur, dans laquelle il faut s’immerger, sans espoir de relaxation, la crainte au cœur, la poésie et la beauté explosant à chaque ligne dans d’incrédules neurones. » 
Hugues Robert, in Charybde 2, 22 janvier 2015. Lire l'article

«  Angoissée, parfois ironique, lyrique mais exempte de toute emphase, l’écriture de G. Mar est forte d’une belle capacité à créer des images puissantes et à suivre une intuition généreuse. Les scènes se mêlent, se croisent et se confondent en une singulière cosmogonie. »
Guillame Contré, in Le Matricule des anges n°159, janvier 2015. Lire l'article

« Textes incandescents et précis à la manière de ces parades sauvages dont un autre Ardennais avait la clé, textes mobiles, mouvants, où la conscience, changée en prisme, rend tout plus intense et, du coup, plus réel (…) Ce sont, pour reprendre l'expression de Max Blecher, d'autres "aventures dans l'irréalité immédiate". Alors n'hésitez pas: illuminez-vous, irradiez-vous, lisez G. Mar. » 
Claro, in Le Clavier Cannibale, 10 déc. 2014. Lire l'article complet

« Se dessiner à l’aveugle des signes sur le corps c’est peut-être aussi tout simplement ce que fait G. Mar dans ce livre. » 

Philippe Annocque, in Hublots, 9 déc. 2014. Lire l'article

«
Nocturama relève tout autant de l’écriture de soi, d’une sorte d’autobiographie fragmentaire et pulvérisée par laquelle l’identité narrative se vaporise dans le dédale de l’Histoire, se diffracte avec l’espace, ou s’éprouve et se rassemble selon des logiques complexes qui tiennent tout autant de l’inconscient que du fantasme géopolitique et de la contre-utopie. Ainsi, le récit est constamment parasité par les souvenirs du propre passé du narrateur dont l’adolescence est le point focal (virées en voiture, amours de jeunesse, amitiés et deuils), lorsqu’ils ne servent pas d’emblée d’amorce et d’aimant à l’afflux historique. »
Romain Verger, in Membrane, 1er déc. 2014. Lire tout l'article

31 oct. 2014

Nocturama de G. MAR | extrait


© Gaël Bonnefon

« (…) GRAND FLASH par-dessus les toits depuis les trottoirs jusqu’aux culs d’énormes cumulus accrochés aux toits des usines et alors – je les vois qui se penchent sur mon cercueil tels les anges picaresques de la désolation punk : toutes ces têtes cramées qui peuplèrent mon monde avant la chute du mur de Berlin – ils me rendent visite en procession et soufflent en chœur des paroles étranges à mes tympans malades – de toute évidence je suis mort d’une otite pendant mon sommeil – à leur tête Maurice se penche sur moi – son vrai nom c’est Cédric – la dernière fois que je l’ai vu il était croque-mort et portait un costard trop grand – c’était à l’enterrement de mon grand-père, il portait le cercueil alors qu’à l’époque du collège il avait ce truc éclipse totale des genres qu’il mêlait avec un franc mauvais goût : veste kaki cloutée à son pseudo par-dessus un maillot de foot rouge et vert aux couleurs de la ville un bas de jogging bleu ciel et des santiags noir et or ; penché sur moi il m’apprend que sa mère, militante communiste, est morte dans une collision avec un camion-citerne alors qu’elle remontait l’autoroute à l’envers dans sa voiture sans permis et le voici de nouveau en costard – son visage affichant toutes les contractions hypocrites des ouvriers du deuil…

je suis bien deux mètres sous terre, par-dessus l’horizon n’est qu’un rectangle de boue découpé dans un ciel étoilé quand j’aperçois un grand navire au loin sur la Meuse chargé de tous nos morts. Un jour peut-être qu’ils se réincarneront en buissons et le soir même prendront feu et les gaz de tous leurs corps décomposés recomposés parleront la langue de l’éphémère dans un grand pschitt instantané comme l’éclair ou un pétard mouillé dans la nuit de l’Être. Au seuil nihiliste d’un grand cauchemar qui commence… je parle cette drôle de langue et Maurice qui opine de sa tête préraphaélite, l’air songeur…

des drôles très solides – le monde glisse entre les mains des anges de la désolation punk par mottes de boue sur mon cercueil et je les regarde partir des canettes à la main – ils se déhanchent comme des épileptiques en se frappant la tête avec de vieux vinyles… Nous avions seuls la clef de ces parades sauvages. Christelle se colle du rouge à lèvres autour des yeux – Jimmy s’accroche des centaines de cadenas à la ceinture – Annabelle un chiffon imbibé de K2R sur le bas du visage cligne à toute vitesse des paupières dans ma direction – Marc a les pupilles dilatées à la taille de boules de billard et couve un affreux rictus de gosse fou – Fresse jongle avec des haches à découper les poulets en crachant du feu – Maurice assène des coups de poing stroboscopiques au vide – Bastos se perce les oreilles avec des aiguilles à tricoter – Isabelle conduit en état d’ivresse dans un décor de cambrousse et de carcasses de tracteurs plantées en bord d’une route pleine de chats dégoulinant d’huile de moteur et d’insectes affairés à la copulation ou la ponte – nous nous rendons tous les deux dans un bar de village où l’écriteau « Interdit de servir de l’alcool aux mineurs » n’est accroché au-dessus des bouteilles qu’à des fins de déco – elle a le visage crispé dans un inextinguible sourire comme si les molécules d’un gaz hilarant s’étaient emparées des muscles de sa mâchoire tandis que tous les anges de la désolation punk me sourient depuis un point vague et lumineux par-dessus mon rectangle de boue découpé dans le ciel étoilé – grimaçants ils agitent la tête au rythme d’une musique inaudible sur laquelle tentent de se caler sans y parvenir de multiples coups de pelle plongée dans un mélange de terre argileuse et de gros cailloux… Énorme pression au niveau de l’abdomen préfigurant une irrésistible envie d’exploser de rire à en crever – ils me sautent à pieds joints sur le ventre – c’est l’heure d’aller danser ! » 

À paraître le 14 novembre 2014 aux éditions Le grand os dans la collection poc ! 


26 oct. 2014

À paraître : "Nocturama" de G. MAR



photographie : Gaël Bonnefon

Le mois prochain, paraîtra Nocturama : textes-rêves & hypnagogies, deuxième ouvrage de la nouvelle collection Poc ! L'auteur, G. MAR, dont Le grand os a déjà publié deux courts textes dans le numéro 5 de la revue LGO, est né dans les Ardennes au milieu des années 70. Il anime le blog La Part du mythe


Quatrième de couverture

Des villes s’écroulent dans des expériences de mort imminente – Des mercenaires virtuels traversent plusieurs guerres, exhumant au passage l’histoire familiale du rêveur de la fange des siècles – Une descente dans les limbes d’un continent sud-américain le mène jusqu’à la révélation d’un soleil fondu dans la bouche – Une fille conduit sous acide dans un paysage de campagne parsemé d’industries appelées à s’écrouler à la suite du mur de Berlin – Un amour de jeunesse refait surface sous les traits du personnage de Caddie dans Le bruit et la fureur de Faulkner – Des flics américains en carton déferlent toutes sirènes hurlantes jusqu’au seuil d’une inquiétante maison freudienne – Des images des attentats du 11 septembre défilent en boucle sur les eaux sénégalaises du Saloum… 

Passablement étrangers à la psychologie des profondeurs, aux grandes effluves de l’introspection comme aux simples fantasmagories de l’absurde, les "récits" qui composent Nocturama esquissent la cosmologie mentale d’un monde en première personne du singulier dont la physique particulière, et les lois qui en régissent l’ordre sensible, est sourde aux règles de la narration bien comprise (espace homogène et temps des horloges). Si les rêves appartiennent ainsi à des temps pré-historiques (pré-narratifs), reste qu’ils s’ancrent dans l’inéluctable biographie du rêveur – son propre passé – mais aussi l’histoire impersonnelle à laquelle il appartient : l’histoire familiale en premier lieu (reçue en héritage), et l’Histoire tout court, ce cauchemar dont on essaie de s’éveiller comme le souligne Stephen Dedalus dans Ulysse. Mixte de matière personnelle et impersonnelle, ce recueil fait signe vers ce qu’on pourrait appeler de nouvelles mécaniques lyriques. 

Le Grand Os, novembre 2014. 13 x 18 cm. 96 p. (collection Poc !). 12 € 


La photographie de couverture est de Gaël Bonnefon.